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Derrière les mensonges à propos des manifestations au Venezuela - par Garry Leech

John Kerry: le diplomate belliqueux
Derrière les mensonges à propos des manifestations au Venezuela
Par Garry Leech
CounterPunch, 15 mars 2014
Article original : "Behind the Lies About Venezuela's Protests"


Le ministre américain des Affaires étrangères John Kerry a récemment appelé le gouvernement vénézuélien à mettre fin à la « campagne de terreur contre ses propres citoyens ». Les mots de Kerry ne sont que le dernier des efforts américains et des médias du courant dominant pour dépeindre la contestation qui dure depuis un mois au Venezuela, comme étant des manifestations pacifiques contre un régime autoritaire qui a recouru à la répression pour étouffer le soulèvement. En conséquence, le gouvernement vénézuélien, comme la déclaration de Kerry l'illustre, est accusé d'être responsable de la plupart des 28 morts depuis le début de la crise. Mais cette description est-elle exacte ? Un regard plus minutieux sur la réalité du terrain dessine une image très différente. Depuis le début, les manifestants étaient armés, ont allumé de vastes incendies et avaient l'intention de renverser inconstitutionnellement un gouvernement démocratiquement élu.

La contestation au Venezuela s'est essentiellement produite dans les quartiers des classe moyenne et supérieure, dans sept villes du pays. La plupart de ces quartiers sont gouvernés par des maires d'opposition qui soutiennent les manifestants. En fait, au cours des trente derniers jours, des manifestations de toutes sortes ne se sont produites que dans 18 municipalités sur les 335 que compte le pays. Ce contexte est important parce que les médias ont créé l'impression que ces manifestations constituent une sorte de soulèvement populaire pacifique contre le gouvernement de Nicolas Maduro. En réalité, c'est un nombre relativement faible de personnes dans des fiefs de l'opposition qui ont pris la rue, tandis que l'écrasante majorité des Vénézuéliens, en particulier dans les barrios pauvres, continuent de vaquer à leurs occupations quotidiennes sans être affectés par ces perturbations.

Depuis les premiers jours des manifestions, début février, un grand nombre de contestataires aux barricades improvisées, à Merida et à Tachira, étaient armés de pistolets. Le premier week-end de contestation à Merida a vu des manifestants cagoulés monter à bord d'autobus en brandissant des armes à feu, tandis qu'ils obligeaient les passagers à débarquer. On a vu également des manifestants lancer des projectiles explosifs sur des automobilistes. Ce même week-end, trois manifestants ont retenu une journaliste avec un pistolet sur la tempe et ont menacé de la tuer. Dans l'entrefaite, des manifestants à Tachira ont tabassé un autre journaliste avec un tuyau de plomb. Tout au long de ce dernier mois, des manifestants ont également utilisé bombes incendiaires contre des cibles gouvernementales. Les cibles principales étaient des hôpitaux et des marchés gérés par le gouvernement, causant plus de 1,5 million de dollars de dégâts à ces symboles de la révolution, au cours des deux premières semaines de protestation.

Dans un acte de violence particulièrement haineux, un motocycliste de 29 ans, Santiago Enrique Pedroza, a été décapité à un barrage routier lorsqu'il a roulé à travers un câble d'acier tendu en travers de la route à hauteur de son cou. Cette tactique a été apparemment inspirée par les tweets d'un général à la retraite, Angel Vivas, allié de l'opposition. Vivas a encouragé l'usage de câbles d'acier aux barrages pour « neutraliser » les motocyclistes qui sont membres de collectifs communautaires soutenant le gouvernement. La veille de cette décapitation, il avait tweeté, « Afin de neutraliser les hordes criminelles motorisées, on doit placer un fil de nylon ou un câble galvanisé en travers de la route, à une hauteur de 1 mètre 20. » Ce général a tweeté des recommandations pour d'autres tactiques, incluant « pour rendre inutilisables les véhicules blindés de la dictature, des cocktails Molotov devraient être lancé sous le moteur, pour brûler les courroies et les tuyaux, les rendant inopérants ». Le gouvernement a ordonné l'arrestation de Vivas au lendemain de la décapitation.

Tandis qu'il est manifeste que les manifestants de l'opposition ont utilisé la violence dès le début, la réponse du gouvernement n'a pas été sans reproches. On pense que cinq manifestants sur les 28 morts ont été tués par les forces de sécurité de l'Etat. Le gouvernement a réagi en arrêtant 14 policiers et agents de la garde nationale pour abus présumé et usage excessif de la force. En outre, le Président Maduro a appelé à plusieurs reprises sur les ondes les supporters du gouvernement à ne pas recourir à la violence en réaction aux manifestations. Dans un discours, Maduro a déclaré, « Je veux dire clairement : quelqu'un qui revêt un t-shirt rouge à l'effigie de Chavez et porte un pistolet pour mener une attaque n'est pas un chaviste ou un révolutionnaire. Je n'accepte pas les groupes violents au sein du camp du chavisme et de la révolution bolivarienne ».

Sur les 28 personnes qui sont mortes, neuf ont été identifiées comme étant des contestataires de l'opposition, neuf comme étant des supporters du gouvernement ou des employés du gouvernement, et les dix autres étaient soit des passants innocents ou d'affiliation politique inconnue. La plupart des morts semblent avoir été causées par des civils armés, alliés soit aux manifestants, soit au gouvernement. En attendant, l'écrasante majorité des 1602 personnes arrêtées en lien avec les protestations ont été relâchées sans charges retenues contre elles ; en fait, seules 92 restent en détention préventive sur des accusations liées à la violence. La réponse du gouvernement à cette crise constitue difficilement une « campagne de terreur contre ses propres citoyens », comme l'a affirmé Kerry.

Malgré la réalité, la coalition d'opposition la Table de l'Unité Démocratique (MUD) a régulièrement accusé le gouvernement de cette violence, en déclarant que « les forces de sécurité de l'Etat, accompagnées de groupes paramilitaires, ont sauvagement attaqué des manifestants pacifiques et sans défense [.] laissant un nombre déplorable de citoyens assassinés, gravement blessés, torturés et disparus ». Délégitimer le gouvernement est un élément essentiel de la stratégie de l'opposition parce que les manifestations ne sont pas simplement un exercice de la liberté d'expression pour critiquer telle ou telle politique de l'Etat, mais plutôt une campagne orchestrée pour parvenir à un renversement inconstitutionnel d'un gouvernement démocratiquement élu, en forçant ce qu'ils appellent « la salida », le départ du Président Maduro.

Le dirigeant de l'opposition Leopoldo Lopez, qui est actuellement en prison pour incitation à la violence dans les premiers stades de la contestation, a déclaré, « La 'salida' n'aura lieu que lorsque les gens s'organiseront dans la rue pour obliger la dictature à battre en retraite ». Il a également demandé aux manifestants « de ne pas quitter la rue tant que Maduro n'aura pas été chassé ». Autrement dit, l'opposition essaye d'obtenir par la violence et la propagande ce qu'elle n'a pas obtenu à plusieurs reprises par les urnes dans des élections libres et honnêtes.

Le Président Maduro a répondu aux manifestations en appelant l'assemblée nationale à établir une Commission de la vérité pour enquêter sur la violence et en annonçant une Conférence de paix nationale impliquant les groupes communautaires, les étudiants et les dirigeants d'affaires et religieux. La coalition d'opposition, le MUD, a refusé de participer aux pourparlers pour résoudre la crise, et l'ancien candidat présidentiel Henrique Capriles a expliqué son boycott en disant, « C'est un gouvernement mourrant. Je ne serai pas comme l'orchestre sur le Titanic ». En d'autres termes, il n'y a rien d'autre à négocier pour l'opposition que la destitution du gouvernement.

Le 7 mars, les 32 membres de l'Organisation des Etats Américains (OEA) se sont emparés de la question de la contestation au Venezuela. Après deux jours de débats, une déclaration a été publiée exprimant la solidarité et le soutien au gouvernement vénézuélien et appelant au dialogue entre le gouvernement et l'opposition. Cette déclaration a également rejeté toute intervention ou sanctions de la part des Etats membres. Vingt-neuf pays ont voté en faveur de cette déclaration, trois contre, les Etats-Unis, le Canada et le Panama.

Le vote des Etats-Unis contre la déclaration de OEA n'est pas surprenant étant donné qu'ils ont fourni des dizaines de millions de dollars pour financer les groupes d'opposition à travers USAID, l'agence pour le développement international des Etats-Unis. Selon un câble de l'ambassade des Etats-Unis révélé par Wikileaks, les Etats-Unis ont travaillé avec des « ONG locales qui travaillent dans des fiefs chavistes et avec des dirigeants chavistes [.] avec l'effet désiré de les éloigner lentement du chavisme ». Et ils ont dépensé des millions de dollars pour financer des programmes universitaires et des ateliers pour la jeunesse, sans aucun doute dans l'objectif également de « de les éloigner lentement du chavisme ». Le rôle prééminent des étudiants dans les protestations actuelles laisse penser que la stratégie des Etats-Unis porte peut-être ses fruits.

Au bout du compte, des responsables américains comme John Kerry, et les médias du courant dominant, ont sérieusement déformé la réalité sur les manifestations au Venezuela. Il est clair que la majorité des Vénézuéliens ne soutiennent pas les contestataires de l'opposition dans leur effort de déstabiliser le pays afin d'obtenir le renversement de son gouvernement démocratiquement élu. Confrontée à encore cinq années de présidence Maduro, l'opposition, avec le soutien des Etats-Unis, semble avoir abandonné la politique démocratique et recouru à la violence pour atteindre ses objectifs de mettre un terme à la révolution vénézuélienne.

Garry Leech
Journaliste indépendant et auteur de nombreux ouvrages, dont Le Capitalisme: un génocide structurel (éd. Le Retour aux Sources, 2012) ; Beyond Bogota: Diary of a Drug War Journalist in Colombia (Beacon Press, 2009) ; et Crude Interventions: The United States Oil and the New World Disorder (Zed Books, 2006). Il enseigne également au Département de Sciences Politiques à l'université de Cap Breton au Canada.


Traduction : Jean-François Goulon

Auteur de « Le Conflit Israélo-Palestinien, des origines cananéennes de la Palestine à sa demande d’adhésion à l’ONU »
(éditions Le Retour aux Sources, 2012)
Pour le site « Questions Critiques »

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