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Qu'est-ce que la politique ? (Julien Freund)

freund

Sociologue français, disciple de Max Weber, Julien Freund est certainement l’un des penseurs les plus intéressants parmi ceux classés dans la droite française de la seconde moitié du XX° siècle.

Voici une rapide note de lecture d’un de ses textes centraux : « Qu’est-ce que la politique ? » En contrepoint, par exemple, des travaux en cours sur Castoriadis.

La politique, nous dit Freund en introduction, passe aujourd’hui pour un pur objet de connaissance. C’est une erreur : elle est d’abord action, c'est-à-dire relation de moyen à fin. Relation qu’on peut envisager de trois points de vue :

- D’abord le point de vue moral, les catégories définissant la fin étant le bien et le mal ; point de vue erroné, non que la politique soit émancipée de la morale (il ne saurait en être question), mais parce qu’elle ressort d’un autre paradigme : la morale répond à une exigence intérieure selon les normes du devoir, alors que la politique traduit une nécessité de la vie sociale consistant à prendre en charge le destin d’une collectivité – ce qui impose, en particulier, de s’inscrire dans une éthique de responsabilité et non dans une éthique de conviction : peu importe en politique que je veuille faire le bien, l’important est que, au besoin à travers le mal, j’atteigne les objectifs politiques légitimes qui sont les miens.

- Ensuite le point de vue pratique, sous l’angle des procédés permettant de s’emparer du pouvoir, de la conserver et de l’exercer ; cette vision a fait l’objet de réflexions fort intéressantes (Machiavel), mais elle est trop limitative, car la responsabilité politique ne peut se restreindre à l’exercice d’une technique – il y a un moment où il faut décider, par delà la méthode, ce qu’est le but lui-même.

- Enfin le point de vue phénoménologique, celui de Julien Freund, qui admet que la politique est une activité autonome, au même titre que la science, l’art ou l’économie – activité autonome qui interagit constamment avec science, art et économie, mais possède sa finalité propre, et ses moyens propres.

Pour démontrer la pertinence de ce point de vue phénoménologique, il faut tout d’abord dégager une finalité propre à l’essence du politique – donc une finalité valable en tout lieu, en tout temps, et qui est spécifiquement politique. Peut-on dégager cette finalité ? A priori, non : le but même du politique ne cesse de varier, d’un temps à l’autre, d’un acteur à l’autre, d’un lieu à l’autre. En outre, l’action politique oblige en pratique à privilégier les buts immédiats, et dissimule le plus souvent les buts lointains, y compris à ceux qui les poursuivent inconsciemment. Le fond de la question réside dans le processus de décision – l’action politique par excellence, celle qui transforme la résolution en obligation de constance, donc de courage. Qu’est-ce qui fait qu’une décision authentiquement politique est prise ? Quel en est le mobile ?

Julien Freund répond : le but du politique se détermine en fonction du sens de la collectivité qu’il sert, car il consiste dans la volonté d’une unité politique de conserver son intégrité et son indépendance dans la concorde intérieure et la sécurité extérieure. Donc il existe un but qui définit l’essence du politique – conserver l’intégrité de l’unité politique – mais ce but téléologique dépend, dans son application pratique, du sens que l’unité politique se donne à elle-même, sens qui va déterminer les objectifs concrets en fonction du système de valeurs définissant le principe de finalité eschatologique.

Ce but téléologique, la conservation de l’intégrité de l’unité politique, peut être défini comme le bien commun (Thomas d’Aquin), le salut public (Hobbes), l’intérêt commun (Rousseau), le bien de l’Etat (Hegel), le bien du pays (Tocqueville). Au-delà des nuances apportées par ces définitions, concrètement, il s’agit toujours :

- première sous-fonction, de préserver la sécurité extérieure (fonction prioritaire du politique), par la diplomatie et les alliances si possible, à défaut par la guerre,

- et deuxième sous-fonction, de garantir la concorde intérieure, créatrice de prospérité, si possible par le maintien de l’harmonie entre les groupes internes, à défaut par la contrainte. On remarquera que la construction du sens commun sous-tend nécessairement cette deuxième sous-fonction du politique, et que ce sens est lui-même construit par la nécessité de garantir la cohésion de l’unité politique. Ainsi, le politique, qui repose sur la cohérence du système de référence, est lui-même producteur de ce système (d’où la phrase de Max Weber : « Ce n’est pas la paix et le bonheur que nous avons à procurer aux générations futures, mais la lutte éternelle pour la conservation et l’édification de notre caractère national » - le but du politique est, d’une certaine manière, la redéfinition permanente de son but).

Cette production du sens commun est d’autant plus indispensable à la définition du bien commun que le bien commun est résolument unitaire, c’est le bien de toute la communauté, alors que la communauté elle-même n’est jamais unitaire. Le politique est donc, sous cet angle, avant tout production d’un discours qui fondera la paix par l’amitié de la communauté avec elle-même, amitié qui sera fréquemment définie par la conscience de l’ennemi commun.

Sans ce discours fondateur du sens, la politique ne débouche sur rien, quelle que soit l’habileté déployée dans l’utilisation de ses moyens propres. Freund cite le cas de Tamerlan, qui sut conquérir la moitié de l’Asie, mais qui, faute d’avoir produit le sens capable d’assurer la cohésion de son empire, ne laissa finalement qu’une œuvre sans lendemain.

A l’inverse, dans de nombreux cas, la production du discours fondateur du sens est la seule finalité poursuivie par les acteurs eux-mêmes, c’est leur motivation réelle. En l’occurrence, le politique cesse de poursuivre sa finalité téléologique, la préservation de l’intégrité de l’unité politique. L’enchaînement des causes et des conséquences est, en politique, tellement difficile à anticiper que très souvent, les résultats d’une action ne sont pas du tout ceux qui étaient initialement visés, et on en arrive assez vite au point où l’action sert avant tout à reconstituer une logique – on agit pour corriger les dysfonctionnements induits par une action antérieure, et cette correction poursuit l’objectif secret de reconstituer une cohérence perdue, parce qu’en politique, imposer sa cohérence, c’est vaincre.

Cela est d’autant plus vrai qu’en politique, le seul moyen de démontrer sa compétence, c’est précisément de vaincre. Le politique n’a pas à affronter la question de la responsabilité morale, à peine celle de la culpabilité. En revanche, la défaite lui est interdite, et surtout sur le terrain du sens. Le politique qui ne parvient plus à formuler un système de fins cohérent disparaît en tant qu’acteur, il est le jouet des forces qui sont, elles, capables de formuler un tel système.

Sous cet angle, la politique poursuit une finalité eschatologique suprême, dissimulée derrière la définition d’un système de sens cohérent, garant de la robustesse du discours sur le bien commun : conserver la foi, c'est-à-dire la confiance en la cohérence de l’Etre, en la possibilité que cette cohérence s’incarne dans l’esprit d’un homme libéré de toute aliénation. Agir en politique, pour Julien Freund, c’est donc implicitement soit témoigner de sa foi monothéiste (unité des fins), soit témoigner de sa libération polythéiste à l’égard de la quête de la foi (capacité à assumer la concurrence des fins). C’est dans tous les cas un acte religieux par essence, même si ceux qui accomplissent cet acte n’ont souvent pas conscience de son caractère religieux.

Après s’être interrogé sur les finalités du politique, Freund décortique ses moyens.

Il affirme que la force est le principal de ces moyens, et que c’est parfaitement légitime (le politique doit agir pour vaincre). Et comme la ruse elle-même n’est jamais qu’une auxiliaire de la force, son équivalent dans le domaine de l’esprit, la force se trouve au final non seulement le moyen principal, mais encore souvent l’unique moyen du politique. Sans la force, il n’y aurait ni stabilité, ni paix durable possible, car c’est en engageant la force que les acteurs politiques témoignent de la réalité de leur conviction. Sans contrainte par la puissance publique, il n’y aurait pas de justice.

La force politique n’est en rien l’ennemie du droit juste : voilà le cœur du propos de Freund. Si la violence aveugle est toujours l’ennemie du droit naturel, la force politique, encadrée par la raison, quant à elle, n’est que le principe sous-jacent sous le droit. On croit voir une opposition entre force politique et droit positif : il n’y en a pas. Le droit n’est qu’un instrument auxiliaire de la force, au service du politique au même titre qu’elle.

Il est important, souligne Freund, de comprendre en quoi le droit avec la force est, lorsque le rapport de force le permet, préférable à la force sans le droit. C’est que par le droit, le politique entre au contact avec l’exigence de justice et de bien être, et d’une manière générale avec toutes les demandes humaines. Ainsi, le politique en s’appuyant sur le droit ne se donne pas seulement les moyens de ses finalités téléologiques immédiates (préserver la sécurité et garantir la concorde), il aboutit également dans cette construction du sens commun, réunifié, réconcilié avec lui-même, qui est la finalité eschatologique de la politique.

La conclusion de Freund est donc, on l’aura compris, orientée vers la réfutation d’un certain projet marxiste de la société sans classe, donc sans rapports de force et sans compromis à imposer à travers le jeu des forces contraires. Pour Freund, le politique est autonome ; vouloir le réduire à un simple miroir de l’infrastructure économique, prétendre qu’il participe de l’aliénation dès lors qu’il renonce à abolir les classes, c’est se tromper du tout au tout. Le politique est précisément, aux yeux de Julien Freund, ce qui permet de dépasser l’aliénation, dans la confrontation permanente à l’autre.

Et il conclut :

« De ce point de vue, rien ne semble plus arbitraire que la définition que G. Lukacs donne de la pensée bourgeoise : la mentalité qui considère l’histoire comme une tâche insoluble. Quelle ignorance nous autorise à penser que le prolétariat apportera la solution ? Il semble plus exact de dire avec Ranke que chaque époque et chaque génération sont également proches de Dieu – et nous aimerions ajouter : également proche de l’homme. »

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