Accueil Billets d'auteur Société R.I.P le cinéma français ?
Billets d'auteur - Société
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Si l'acte de naissance d'une civilisation est un acte artistique, il n'est pas totalement absurde de considérer que la disparition des Arts annonce le déclin voire la disparition de ladite civilisation.

Dans ce cas, la France est très mal en point. Il suffit d'observer de plus près le "cinéma" hexagonal (avec tous les guillemets nécessaires) pour se convaincre que nous buvons le calice jusqu'à la lie. Comme le dit parfaitement notre ami Michel, les titres des "films" français (encore avec tous les guillemets nécessaires) pourraient se résumer à ceci : Le nombril du bobo 1, Le nombril du bobo 2, Le nombril du bobo 3 etc.

La "production" française (là aussi mettre autant de guillemets que possible) n'est plus qu'un alignement de poncifs éculés pour quadragénaires  dépressifs  de la Rive gauche dévorés par le démon de midi, se posant des questions sur leur orientation sexuelle, jouant les parents sympas et cools avec leur progéniture d'adolescents irrespectueux, grossiers et béotiens ne méritant rien d'autre qu'une bonne paire de gifles. Caricatural ? Exagéré ? Même pas. L'observateur un tantinet honnête et à l'esprit pas encore totalement embrumé par les  réflexions  de haute voltige  du sinistre  "critique" stipendié Laurent Weil, reconnaîtra immédiatement que ce constat tombe sous le sens.

Si on ajoute à la platitude des sujets évoqués et à la mièvrerie des sentiments exprimés, l'invasion des Fils et Filles de (les FFD décrits par Frédéric Teulon) dépourvus de la plus petite dose de talent, de la moindre répartie et de la  plus petite once d'humilité, on comprend aisément pourquoi   le 7ème art français est le plus souvent anecdotique voire parfaitement indigeste.

Le "cinéma" français ainsi que l'insupportable "nouvelle chanson française" (Bénabar, Biolay, Delerm...) ou encore l'horripilante et involontairement désopilante  "nouvelle littérature française"  (Millet, Angot, Beigbeder...)  sont les preuves irréfutables de l'Enfer bourgeois. Ce cauchemar postmoderne garantissant la suprématie du Rien et la gloire du Néant au détriment du Beau et du Vrai.

Bien évidemment quelques rares exceptions subsistent. Deux réalisateurs viennent spontanément à l'esprit : Gaspar Noé et Olivier Marchal. Tous deux évoluent dans un registre très différent mais la radicalité de leur propos leur confère une place de premier choix dans le monde artistique contemporain.

Et une fois n'est pas coutume, cette place n'est nullement usurpée, mais parfaitement méritée.

Ces deux cinéastes ont d'ailleurs eu l'idée géniale de faire jouer dans leur film (Seul contre tous pour Noé et MR-73 pour Marchal), un des plus grands acteurs français vivants : l'incroyable Philippe Nahon. Sans nul doute la "gueule", le physique et le jeu le plus impressionnant du cinéma français.

Marchal, de son côté, s'est en plus payé le luxe de s'offrir les services de deux des derniers titans : Depardieu et Auteuil.

Mais le bilan reste extrêmement léger. Entre les comédies affligeantes (navré mais Boon et Merad ne sont ni de Funès ni Bourvil !) et les Bourgeois parlent aux bourgeois, on ne peut s'empêcher d'avoir la gorge nouée en pensant que le cinéma français fut l'un des plus grands, si ce n'est le plus grand au monde.

Un cinéma admiré, copié et jalousé parfois.

Or, le tableau est encore plus sombre lorsqu'on le compare avec d'autres cinémas. Tsar de Pavel Lounguine, film immense, sorti récemment, suffit à éclipser la quasi-totalité de la minable industrie française made in CNC.

Même aux Etats-Unis, où l'on pouvait craindre qu'à l'exception de quelques géants (Eastwood, les frères Coen, James Gray...), le "système" était uniquement condamné à produire à la chaîne des blockbusters sans âme, sans souffle et ne reposant que sur une cascade d'effets spéciaux, là aussi on a pu voir sur les écrans ces dernières années de véritables chefs d'œuvre. Certains étant d'ailleurs de très grosses productions mais ayant réussi à s'extirper d'un formalisme convenu et criard et d'une faiblesse scénaristique souvent inhérente à ce type de "grosses machines" hollywoodiennes. Les deux meilleurs exemples étant le magnifiquement crépusculaire Watchmen de Zack Snyder et le très sombre The Dark Knight du très doué Christopher Nolan.

Mais ce renouveau américain ne relève nullement du hasard. Gran Torino, Watchmen, The Dark Knight, A Serious man évoquent tous, peu ou prou, La Chute.

Chute de l'Amérique. Voire la Seconde Chute de l'homme. Frappés par the Great Recession (comme ils l'appellent désormais en référence à la Great Depression), en proie au doute, victimes d'une crise morale et identitaire sans précédent, les Américains retrouveraient-ils le sens du Tragique ?

Et à travers cette redécouverte du Tragique (visible aussi dans l'écriture de Cormac McCarthy), les Etats-Unis ne tentent-ils pas la catharsis de la dernière chance?
Catharsis (dans la dimension athénienne du terme) qui favorise la Création dans ce qu'elle a de plus grand et de plus noble.

Constat identique pour l'Italie, bien que les choses se présentent sous une forme différente. Alors qu'on croyait le sublime cinéma italien  définitivement  perdu depuis les années 80,  c'est par le prisme de l'étude historique que l'Italie du cinéma  est sortie de sa torpeur.

Les deux films les plus emblématiques de cette "résurrection" (encore timide mais bien réelle) : le très shakespearien Il Divo et le sombre et douloureux Romanzo Criminale. Epuisé par des années de vulgarité berlusconienne et de télé-poubelle, le cinéma italien a compris qu'en se penchant sur les pages douloureuses de la Péninsule (années de plomb, terrorisme, stratégie de la tension, système Andreotti), il se donnait les moyens de quitter les limbes dans lequel il avait été plongé depuis la fin de ses grandes comédies et la mort de son cinéma "social". Car on ne dira jamais assez à quel point la baudruche Nanni Moretti fut gonflée (notamment en France) dans le but de masquer le vide sidéral qu'était devenu il cinema italiano.

Tout n'est peut-être, donc, pas désespéré pour le cinéma français. Redécouvrir le sens du Tragique (et pourquoi pas de l'héroïsme, de l'esprit chevaleresque ou l'idée de Transcendance),  revisiter des moments ombrageux de notre Histoire (comme tenta de le faire maladroitement Alain Tasma) peuvent être des pistes à explorer pour une renaissance du cinéma hexagonal.

Toutefois, avant cela, il faudra sérieusement demander des comptes à cette caste germanopratine qui vit en vase clos et ne roule et ne tourne que pour elle.
Il sera difficile aussi de ne pas se pencher sur les critères qui poussent les petits barons du Centre national de la cinématographie (CNC) à accorder des financements à tel ou tel projet et à les refuser à tel autre. La transparence  n'est pas vraiment  la tasse de thé de cette coterie d'intellectuels  au rabais.

Impossible également de faire l'impasse sur la place occupée par Canal + dans ce système incestueux et connivent.

Autant dire que le ménage n'est pas pour demain.

 

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