MoWebSo VirtueMart 2 - Product Slideshow

Wall Street et la révolution bolchevik
Pourquoi Trotski, alias Braunstein, voyagea-t-il avec un...
Prix : 19,00 €
Prix HT : 18,10 €

Manifeste pour briser les chaînes de l'usure
Gottfried Feder écrivit en 1919 ce livre prophétique parce...
Prix : 12,00 €
Prix HT : 11,43 €

Les 10 derniers Romans et Essais

L’occidental donneur de leçons ser...

Articles

Réponse à Marc Rousset : l'Europe meurt, et c'est tout

L’Europe se dirige à terme vers une union carolingienne, nous dit monsieur Marc Rousset.

 

papy-boom-mondial-L-3

La jeunesse européenne a foi en l'avenir.


Personnellement, je ne demande qu’à le croire.

Autant l’empire thalassocratique anglo-saxon me répugne, autant le Saint Empire me convient.

Je l’avoue : ce qui m’intéresse dans la France, c’est qu’elle fut la matrice de l’Europe. En réalité, quand je défends la France, je défends cette matrice. Le but, c’est de sauver l’Europe, c'est-à-dire l’idéalisme philosophique incarné dans le politique. Je l’ai écrit dans un petit bouquin commis il y a quelques années (Céfran). Je ne renie rien de ce que j’ai écrit.

MAIS

Mais le « petit » problème dans le propos de monsieur Rousset, c’est tout simplement que l’Europe ne prend pas du tout cette direction-là.

A vrai dire, l’Europe ne prend aucune direction.

Et la responsabilité de cet état de fait incombe principalement à l’actuel gouvernement allemand.

Bien sûr, Hollande est un olibrius. Ou disons : il n’a que les moyens de se comporter en olibrius (l’homme en lui-même est une énigme). Son programme économique a été appuyé sur des prévisions de croissance probablement piochées dans un épisode de la saga des bisounours. En fait, il n’a aucun programme, et il le sait très bien. D’où, d’ailleurs, son activisme sur diverses questions sociétales (mariage homo, vel d’hiv, etc.). Pendant qu’on parle de ça, au moins, on ne lui demande pas ce qu’il veut faire concrètement sur le plan économique.

C’est évident, je n’y reviens pas : les foireux du PS foirent, comme on pouvait s’y attendre. A vrai dire, nous avons été quelques centaines de milliers d’électeurs du FN à laisser passer le PS justement pour ça : pour qu’il nous débarrasse de Sarko et qu’ensuite, il foire. Ok, tout roule.

Flamby a un peu inquiété les Allemands au début. Ils étaient habitués à un Président français qui dissimulait son absence de vision stratégique derrière un activisme frénétique, et faisait semblant d’être d’accord avec Merkel alors que celle-ci n’ayant en réalité pas de ligne, on ne peut évidemment pas partager une ligne qu’elle n’a pas. Ils ont été surpris par ce nouveau Président français qui, lui, dissimule son absence de vision stratégique derrière une immobilité suggérant la réflexion, et plus encore de découvrir qu’on pouvait finalement ne pas être d’accord avec une ligne que, de toute manière, Merkel n’a toujours pas.

A présent, les Allemands ne s’inquiètent plus, ou disons plus beaucoup. Ils ont compris que le Français est là pour faire semblant d’avoir des idées, faire semblant de réindustrialiser le pays (alors qu’il ne peut rien en réalité), faire semblant d’être social, et même faire semblant de faire semblant, car à vrai dire on en est là, plus personne n’y croit, le roi est nu mais personne n’ose le dire tant que le roi lui-même ne l’avoue pas. Les Allemands, il faut le leur reconnaître, sont devenus assez bons dans le décodage de leurs voisins français. La pratique, sans doute.

Mais les choses étant ce qu’elles sont, la très prévisible foirade Flamby n’a en réalité aucune importance. Au point où nous en sommes, la question est uniquement de savoir ce que l’Allemagne va décider. Car, étant la seule à pouvoir encore (provisoirement) payer, elle est de fait en situation de prendre les décisions pour le compte des autres.

Or, la vérité est que l’Allemagne ne décide rien. Elle ne peut pas. La coalition Merkel est déchirée, sans qu’on arrive d’ailleurs à comprendre qui au juste défend quelle ligne. On dirait le choc mou de deux blocs informes : d’un côté ceux qui veulent faire sortir de la zone euro les pays les plus problématiques (Grèce, mais aussi à terme Espagne, Portugal, sans doute l’Irlande pour finir, voire l’Italie) ; de l’autre côté, ceux qui s’accrochent à la « monnaie unique » parce qu’elle est finalement la seule chose qui permet encore de se donner l’impression qu’on va quelque part. A en juger par la grande presse, la droite d’affaires (Die Welt) veut « faire le ménage » dans la zone euro, tandis que la classe politique, même de droite, est plus circonspecte. Mais allez savoir qui au juste veut quoi au sein du patronat allemand. C’est compliqué : si la zone euro explose, le Mark reconstitué va s’envoler, et l’Allemagne perdra son avantage compétitif intra-européen ; si elle n’explose pas, il faudra bel et bien allonger des sommes prodigieuses (peut-être 2 000 milliards d’euros) pour sauver en catastrophe l’Europe du sud. Dans les deux cas, ça fait mal.

Montebourg est complètement à côté de la plaque lorsqu’il compare Merkel à Bismarck. A vrai dire, c’est même grotesque. Bismarck fut sans doute le plus grand homme d’Etat européen du XIX° siècle. Sous sa direction, la Prusse a fait un sans faute. La seule grosse erreur, l’annexion de l’Alsace-Lorraine : il était contre, elle lui a été imposée par Guillaume Ier. Sans faute pour le Junker Bismarck. Un géant.

Merkel, par contre, est une naine.

Elle n’est pas l’idiote que l’on raille sur le web à cause de vidéos sorties de leur contexte, où elle semble ne même pas savoir situer Berlin sur une carte. Evidemment. Ce n’est pas une imbécile. C’est même, sans aucun doute, quelqu’un d’un niveau sensiblement supérieur à la norme (atterrante) des politiciens actuels.

Mais elle n’a tout simplement ni le charisme, ni la dimension, ni le caractère, ni l’ampleur de vue qui conviendrait à une personne dont dépend bel et bien, aujourd’hui, en théorie du moins, l’avenir de l’Europe. Elle se retrouve là où elle est parce que :

Premièrement, ça arrangeait la CDU d’avoir à sa tête une ex-allemande de l’Est, mais pas trop : Merkel, née à l’ouest, fille de pasteur exerçant à l’est, opposante très discrète au système est-allemand, avait le profil ni-ni mou qui correspondait.

Deuxièmement, formée à l’école RDA, c’est une apparatchik parfaitement adaptée au fonctionnement bureaucratique. Avec elle, le programme, c’est « pas de vagues » : rassurant. Elle en a donné de multiples illustrations lors de son parcours au sein de l’appareil CDU.

Troisièmement, au moment de la guerre du Golfe, quand les Américains ont commencé à s’inquiéter sérieusement de l’orientation très, très « Ostpolitik » de Schröder, elle a eu l’intelligence tactique de se démarquer, se livrant à d’impressionnantes contorsions pour parvenir à ne pas condamner l’agression états-unienne sans rompre trop franchement avec l’opinion allemande.

Quatrièmement, c’est une femme, et dans une Allemagne ravagée par le féminisme (comme le reste de l’Europe), c’est tendance.

Cinquièmement, il faut le reconnaître, elle est extrêmement douée pour ménager en permanence la chèvre et le chou, dire juste ce qu’il faut pour rassurer le baby-boom pléthorique qui fait le gros de l’électorat allemand (âge moyen en Allemagne : 44 ans).

Le tout pourrait faire un chancelier correct dans une période calme, où il s’agit surtout de ne pas faire de bêtise, et d’écouter attentivement ses conseillers pour laisser le temps aux classes dirigeantes d’incuber un consensus (la méthode allemande, depuis 1949).

Mais cet ensemble de qualités devient un ensemble de défauts lorsqu’il faut décider. Merkel en est tout simplement incapable. Elle fait ce que le cours des choses l’amène à faire, c’est tout. Elle ne conduit pas sa politique, c’est sa politique qui la conduit. Une autruche la tête dans le sable, qui fait semblant de croire qu’on peut encore « sauver » l’euro, préserver les exportations allemandes sans renflouer des marchés qu’on a rendus insolvables – une absurdité.

Une autruche et, avec elle, l’ensemble des classes dirigeantes allemandes : incapables de prendre une décision.

Le résultat, c’est que le seul pays qui pourrait organiser sérieusement l’inévitable refonte de la zone euro… n’organise rien.

Il est pourtant évident pour tout le monde, désormais, que l’Europe du sud ne peut pas avoir la même politique monétaire que l’Europe du nord.

Le fédéralisme budgétaire n’y changera rien, parce qu’il s’agit là d’une impossibilité insurmontable.

Ce serait possible si l’Allemagne acceptait, en gros, de transférer structurellement une fraction significative de son PIB. Mais le peuple allemand ne l’acceptera pas. Les Allemands de l’ouest ont payé pour leurs compatriotes de l’est, mais d’une part on a bien vu qu’ils n’avaient payé qu’avec réticence, et trop peu (le différentiel de niveau de vie reste important), et d’autre part il s’agissait d’Allemands. Peu nombreux en outre. La même chose n’est pas possible quand il s’agit de cent millions de méditerranéens.

Ce serait possible aussi, à la rigueur, si l’Europe du sud importait soudainement les mécanismes qui expliquent la stabilité ordo-libérale de l’économie allemande. Mais cette importation est impossible, impossible en tout cas dans les délais brefs qu’exige la crise actuelle. Veut-on établir la cogestion en Grèce ? En Espagne ? Dans l’Italie du sud ? Mais c’est une vaste blague : la cogestion chez Don Corleone ! A un certain moment, il faudra tout de même comprendre que les structures sociales ne fonctionnent que si elles sont isomorphes avec les structures anthropologiques profondes. On ne transforme pas un Madrilène en Berlinois d’un coup de baguette magique. D’autant moins que le Madrilène est attaché à son mode de fonctionnement. Il a raison, d’ailleurs : comme n’importe qui, il doit persévérer dans son être. Sinon, il meurt. Le fait que son mode de fonctionnement soit, dans l’économie globalisée actuelle, moins performant que celui d’un Berlinois (et encore, ça se discute), ne le convaincra pas de renoncer à ce qu’il est.

On dira : un protectionnisme européen changerait la donne. Il solidariserait spontanément l’Europe du nord et l’Europe du sud, les deux ayant forcément intérêt, dès lors, à étendre le marché continental – ce qui impliquerait sans doute, de la part des Allemands, un renoncement plus aisé à leur actuel modèle social, très régressif. Sans doute, mais : d’une part, ce protectionnisme n’est pas voulu par l’actuelle direction allemande ; en fait, c’est le contraire : c’est justement parce qu’elle ne pense pas l’Europe comme un espace protectionniste que l’Allemagne est obligée de la penser en référence à la monnaie unique. Et d’autre part, ce protectionnisme n’aurait aucun besoin de l’euro. Et s’il pousserait sans doute l’Allemagne à réviser son modèle social, rien ne garantit qu’il réduirait drastiquement le fossé qui sépare aujourd’hui les économies du sud et du nord, s’agissant des politiques monétaires optimales qu’elles appellent. Le modèle social-libéral allemand n’est pas la seule cause du différentiel de compétitivité qui s’est creusé depuis l’introduction de l’euro.

En fait, les orientations actuelles du gouvernement allemand ne s’expliquent pas du tout par la volonté d’établir une Europe carolingienne. Elles ne font que traduire la tétanie qui s’est emparée de toutes les classes dirigeantes du continent. Elles sont en train, bien loin de solidariser les européens, de dresser les peuples de l’Europe du nord contre ceux de l’Europe du sud, où monte désormais une germanophobie à la fois compréhensible et, évidemment, stupide. Elles préparent tout simplement l’implosion économique de l’Europe, c’est tout. C’est d’ailleurs, du moins on peut le supposer, la raison profonde de l’insistance avec laquelle les Américains exigent de l’Allemagne qu’elle maintienne la zone euro, au moment précis où Wall Street et la City of London multiplient les attaques spéculatives.

Il faut beaucoup d’imagination pour voir une étape vers une Europe carolingienne dans cette crispation presque puérile sur un projet, la monnaie unique, mal conçu parce que contraire aux réalités profondes de l’Europe. En fait, si, de l’absence de décisions qui caractérise les classes dirigeantes européennes, et allemandes en premier lieu, une Europe carolingienne doit sortir, ce sera que décidément, il fallait que ce fût, et quel chemin qu’on prît, on y serait parvenu.

A un certain moment, il faut regarder les réalités en face. L’euro est un mauvais projet pour l’Europe. Il n’est pas ce dont notre continent a besoin. Il n’est d’ailleurs en rien inscrit dans les logiques relativement décentralisatrices propres à l’héritage politique carolingien. Il en est même le contraire : l’euro c’est l’unité par la centralisation et l’homogénéisation, forcée si nécessaire. On dirait une improbable synthèse entre ce que la France pouvait apporter de pire, son centralisme forcené, son tropisme niveleur, et ce que l’Allemagne pouvait, de son côté, apporter aussi de pire, son inclination irrationnelle pour la hiérarchisation à outrance, sa traditionnelle difficulté à penser la diversité sans l’accompagner d’une opposition quasi-théologique entre élus et réprouvés. Derrière les structures politiques, toujours, il y a un arrière-plan religieux : mélangez le pire du catholicisme gallican (ou de sa version laïcisée, le jacobinisme) et le pire du protestantisme germanique (et de sa traduction économique actuelle, l’inégalité « juste » instituée par l’ordo-libéralisme), vous aurez la zone euro. Prodige de l’euro : avoir cumulé les pathologies françaises et allemandes sans dégager le compromis dont l’Europe a besoin.

Si une Europe carolingienne doit naître, elle le fera sur les ruines de la construction européenne actuelle, bruxelloise, technocratique, centralisatrice, bureaucratique, entièrement soumise aux intérêts du capital globalisé. Il y a plusieurs moyens d’arriver à cet objectif. Plusieurs scénarios de refonte de la zone euro sont envisageables. Mais pour l’instant, on ne prend aucun de ces chemins possibles.

On suit la politique du chien crevé au fil de l’eau, on espère s’en sortir en allant toujours plus loin dans ce qui jusqu’ici n’a pas marché, parce qu’on se dit qu’au bout du bout, une cohérence se refera. La vérité, c’est que très probablement, on n’aura même pas le temps d’arriver à ce bout du bout pour voir ce qui s’y trouvait : toute la boutique sera par terre bien avant.

Et, voilà le problème, on ne s’y sera pas préparé.

Commentaires   

 
#11 Leader price 29-07-2012 08:16
A Michel Drac :
Je ne crois pas une seconde que la surcompétitivité allemande provienne de facteurs transparents, quels qu’ils soient, surtout pas le mythe de la « concurrence libre et non faussée ». Quand quelqu’un gagne au jeu du capitalisme, c’est qu’il a triché. Les Allemands trichent mieux que les autres, c’est tout.

Qu’il faille une isomorphie entre structures sociales et anthropologiques, pourquoi pas, mais sur la base de quoi ? Je ne nie pas qu’il existe quelque chose comme une « âme des peuples », donc une sorte d’essence identitaire culturelle. Le problème, c’est qu’à chaque fois qu’on croit l’isoler, on peut apporter des contre-exemples et des nuances, à tel point qu’il faut y renoncer. Et pourtant elle existe. En fait, cette âme des peuples existe en tant qu’« image », pas en tant que « réel ». Elle existe dans le champ des représentations exclusivement. Elle existe en tant que projet, image de soi, devant soi, comme un horizon que l’on voit mais inatteignable car il recule à chacun de nos pas. Plus largement, c’est l’identité en général, individuelle ou groupale, qui est constituée par le « stade du miroir », comme une sorte de modèle visé mais toujours fuyant d’une unité mentale et imagée du Moi.

En tout cas, il faut renoncer aux déterminismes linéaires, aux causalités simples et uniques et à l’essentialisme identitaire en général, qui est toujours faux quand il croit pouvoir se fonder sur une origine passée. Dans le passé, il n’y a que du Multiple. Pourtant « Y’a de l’Un », comme disait Lacan. Mais ce « trait unaire » de l’identité, son caractère homogène, est toujours à venir, à constituer, à construire. Ici et maintenant, l’identité est toujours au bord de l’éclatement et de l’entropie. La schizophrénie et les identités multiples guettent le postmoderne. Surtout à notre époque, où il existe un nombre incalculable de couches historiques sédimentées contradictoires se modifiant mutuellement, induisant un fouillis de causalités enchevêtrées en interaction et « coopétition » (Harbulot). Les groupes humains sont des systèmes complexes, stochastiques, hétérogènes et contradictoires : ceci doit être le point de départ de toute analyse, sinon c’est le plantage assuré. Même si ça défrise quelqu’un.

Dans la série « Ils passent aux aveux », Peter Sutherland, un type de Goldman-Sachs, de l’ONU et de Bilderberg a déclaré qu’il fallait encore plus d’immigration et de multiculturalisme pour saper l’homogénéité nationale des pays d’Europe. Pour rappel : il y a deux ans, Sarkozy, Merkel, Cameron et d’autres du même calibre parlaient de « l’échec du multiculturalisme ». Allez comprendre ! C’est un peu cacophonique au sein de l’oligarchie, mais il faut tout écouter si l’on veut tout comprendre.

http://www.bbc.co.uk/news/uk-politics-18519395
« EU should 'undermine national homogeneity' says UN migration chief », by Brian Wheeler :
“The EU should "do its best to undermine" the "homogeneity" of its member states, the UN's special representative for migration has said. Peter Sutherland told peers the future prosperity of many EU states depended on them becoming multicultural. He also suggested the UK government's immigration policy had no basis in international law. (…)”

Les groupes humains peuvent fonctionner très bien sans homogénéité raciale, les exemples sont légions, et même pratiquement sans homogénéité culturelle, avec la limite qu’il faut quand même un idiome commun, un code de communication linguistique commun (quand il n’y a pas de langue partagée, on peut dire qu’on commence à avoir affaire à deux groupes distincts). Le coup de grâce infligé à l’homogénéité d’une nation ne réside donc pas dans le fait de développer son aspect multiethnique (le génétique ne véhiculant pas de sens intrinsèque, seulement celui qu’on lui prête), et à peine multiculturel, car on peut toujours s’entendre entre cultures, sous condition de disposer au moins d’un code linguistique commun (mais une langue, ça s’apprend). Non, le vrai coup de grâce, que vise en ultime instance Peter Sutherland, consiste à briser l’homogénéité… légale.

Quand deux lois distinctes sont en vigueur dans un groupe, on est fondé à dire que ce sont en fait deux groupes distincts. Il ne peut y avoir qu’une loi par groupe. Plusieurs lois font plusieurs groupes. Le morcellement des grands États-nations en bantoustans régionaux homogènes sur le plan ethnico-culturel, comme en rêvent l’OTAN et les identitaires, passera donc par la multi-nomie. Ceci avant d’arriver à l’anomie, c’est-à-dire à la loi du plus fort, la dictature des banques et du complexe militaro-industriel, ce qui est le but ultime visé par les propos de Sutherland (et ce à quoi travaillent les Rousset et les Breivik sans le savoir, en bons crétins utiles du système).

Ici, le multiculturalisme n’a donc rien de généreux ni de constructif. Il est envisagé dans sa capacité à favoriser la multi-nomie. Historiquement, les lois dérivent des cultures. Le calcul d’un Sutherland est simple : développer le multiculturalisme devrait développer la multi-nomie, donc saper l’homogénéité légale des États-nations, donc les morceler, donc augmenter l’entropie sociale pour les affaiblir et les tuer à la fin.

Quelle réponse à ces manigances ? Affirmer la République, ou la loi positive. Donc affirmer les prérogatives de l’État-nation et de ses services publics. Les faits montrent qu’il existe un grand nombre de grands pays multiethniques et/ou multiculturels où les communautés respectent une loi commune. Cette loi commune est d’origine culturelle, souvent confessionnelle ou tribale, mais adaptée au multiple identitaire, ou alors c’est une loi dite positive, ou républicaine, reconnue dans son caractère conventionnel. Les lois positives peuvent s’appliquer indépendamment des origines culturelles ou ethniques. Deux groupes de cultures différentes peuvent obéir à la même loi positive. Si on parle d’une loi positive s’appliquant à une entité nationale, alors deux groupes, et même plus, de cultures différentes peuvent malgré tout se reconnaître dans une loi commune, donc dans une nation commune et y cohabiter de manière organique, pacifique et fructueuse. C’est ça l’esprit républicain, du moins pour ce que j’en ai compris.

Qu’on ne me dise pas que c’est utopique, ça a existé, et ça existe encore, même si c’est parfois attaqué comme en ex-Yougoslavie, en Irak, en Libye, en Syrie, etc. Mais tant qu'il n'y a pas d'agression extérieure, ça peut tenir debout et fonctionner très bien et longtemps.
 
 
#12 seber 29-07-2012 08:34
@ Hieronymus.
Ce n'est même plus du pessimisme mais du nihilisme à ce niveau!
Sinon, très bonne inspiration de Sheikh Imran Hosein.
Il ira loin ce petit (si vous me permettez cette expression triviale à votre encontre).
 
 
#13 seber 29-07-2012 08:39
J'en profite juste pour glisser un petit message de remerciement, que je ne savais pas trop où placer, à toute l'équipe de Scriptoblog pour leur travail sur Internet et d'édition (j'ai des lectures en retard ayant les yeux plus gros que le ventre...).
C'est vrai çà, je ne vois pas très souvent ce genre de message sachant qu'un blog est rarement payant. Et puis je ne l'avais pas encore fait depuis le temps que je consulte et suit ce blog.
Erreur réparée.
 
 
#14 Identifiant 29-07-2012 10:54
Je ne suis pas tout à fait d'accord avec Hieronymus sur l'Allemagne. Il n'y a pas eu qu'une partie occidentale en Allemagne, il y a eu aussi une partie est-allemande lâchée par l'URSS fin des années 80. Et finalement, le Mûr de Berlin est un mûr d'enseignements...
Certes, et on l'a vu lors de la chute de l'URSS, il y a sans cesse eu un certain renouvellement pourvu qu'on sache repartir sur des bases communes à un peuple. ca a été le cas, et ce sera encore le cas. Mais aujourd'hui, quand je vois certains réclamer une sortie de piste façon argentine, ils oublient bien souvent que la période de transition est assez terrible (merci d'ailleurs à Michel Drac pour l'excellent "crise économique ou crise de sens ?", à ce propos, comme dit plus haut je suis très jeune aussi et je dois me refaire une "éducation", c'est assez nouveau pour moi). Est-ce que l'Europe aujourd'hui (et la photo de nos "jeunes" sur l'article n'est pas anodine je pense) a les moyens de passer un cap ou de survivre à cette phase de transition ? La chute de l'URSS s'est accompagné du même symptôme que l'on vit actuellement, l'implosion de la démographie russe, et l'explosion de la démographie en périphérie (Asie Centrale). On oublie bien souvent cette période de transition, les symptômes de la Chute se répètent et sont bien visibles (merci encore à Michel Drac pour le parallèle chute URSS/chute de l'Occident dans le même livre).
 
 
#15 ddev 29-07-2012 12:02
Bizarre nombres de vos questions et réponses sont dans la "question raciale" de Michel (il a bien appelé Rousseau simplement Jean-Jacques :) ).

Beaucoup de concepts dans ce bouquin que je viens de lire, une couche de linguistique avant d'attaquer les concepts de racialisme et de racisme, d'Histoire et de constats actuels.
Et comme par hasard, pendant ces petites vacances j'ai zappé et vu des choses du thème comme Jacquard le généticien sur Arte (oui trop de coeur, pas assez de tripes et naif). Puis la chute de Rome ou Flavius Oreste croyait en la pérennité de l'empire alors que les historiens d'après calculaient tous que s'était plié.

L'Europe se meurt dans une société racialiste (antiracialiste extrème de marché pour dire métissage obligatoire) et multiraciste (peu sont anges), dominé par un mode bourgeois médiocre matérialiste sans transcendance sauf peut-être ... un projet à la Matrix :)

Finalement, je me dis que l'Europe est peut-être une des dernières régions attaquées pour l'ordre nouveau, après avoir été instrument la voila cible, après :
* le monde islamique, avec le bordel Israélien
* le monde slavo... avec le bordel au Caucase et la yougo
* la tenue de l'AL avec les narcos et anciens facho voire peut-être les néo- gaucho ?
* la mise au pas du Japon et la tentative de bordel sur le tibet pour tacler qui vous savez

* les USA sont un peu a part car crée par de l'immigration ... mais la prédation va aussi à fond sur eux, labo des labos
 
 
#16 Michel Drac 30-07-2012 19:48
@ Leader Price :

La concurrence libre et non faussée en environnement ordolibéral stabilisé veut dire concrètement que c'est la capacité d'un pays à maîtriser son inflation qui lui procurera un avantage compétitif. Or, toute la structure de l'économie allemande a été conçue par les ordolibéraux à cette fin. Ils n'ont donc pas besoin de tricher, en tout cas pas plus que nous : ils définissent les règles du jeu.

Ils ont imposé une régulation ordolibérale :
- modèle du miracle économique : inflation faible et régulière, pour mettre en concurrence les acteurs dans un cadre stable tout en neutralisant la dérive inégalitaire liée à la contradiction interne
- modèle social-libéral de l'agenda 2010 : la même chose + politique quasi-répressive contre les 20 % les plus défavorisés, pour conserver la stabilité en admettant une plus grande inégalité.

Nous sommes incapables de faire la même chose parce que :
- notre tissu d'entreprises n'est pas optimisé pour ce type de concurrence par maîtrise des coûts (la France, c'est le pays des grands groupes qui jouent sur le levier technologique et l'investissement massif avec appui de l'Etat, + un tissu de PME trop dispersées pour exporter),
- nous n'avons pas de système paritaire avec accords de branche, etc. (cogestion)

La connerie, je le répète, est de jouer à la concurrence libre et non faussée en environnement ordolibéral stabilisé contre les Allemands. C'est comme jouer au cricket contre les Anglais : nous jouons à leur capitalisme, sur leur terrain. On perd.

Si on jouait à la concurrence entre Etats, avec possibilité pour la France de neutraliser la dérive inégalitaire à sa manière (inflation, action publique, économie mixte), en imposant aux Allemands les règles de notre version du capitalisme, c'est nous qui gagnerions.

Essentiel de comprendre ça, si on veut cerner le pb.
 
 
#17 Michel Drac 30-07-2012 19:51
@ Leader Price :

Il est évident que les identités politiques sont projectives. Cela étant :
- toutes projectives qu'elles soient, elles existent,
- la projection ne marche que si elle part d'une ipséité.
C'est tout ce que je veux dire.
Pas la peine de me faire un procès d'intention, je n'ai pas d'intention !
 
 
#18 Souchien 30-07-2012 21:28
Citation en provenance du commentaire précédent de Michel Drac :

Si on jouait à la concurrence entre États...

Et si on se mettait à jouer pour gagner ?
Hum ?
Pendant toute ma jeunesse, au rugby, on y jouait en castagnant l'adversaire dès qu'on pensait que l'arbitre, qu'on insultait, ne le voyait pas.
On s'est mis à parler anglais, à lire les règles, à les respecter, et on les bat.

Contrairement à ce que vous supposez tous - et pas seulement Leader Price - il n'y a pas autant de jeux que l'on veut, mais des règles qui s'imposent à tous ; plus on les respecte, mieux c'est.

Le socialiste s'imagine pouvoir inventer les siennes, il est inévitablement conduit au protectionnisme ruineux pour les ressortissants du pays ""protégé"".

Et le laisser-passer des produits n'implique nullement le laisser-passer des gens, alors que l'état-providence, bientôt ruiné de toutes façons, lui, putride, attire les mouches à merde.

Quant au capitalisme anglo-saxon, on peut le battre (et pas seulement en s'alliant à la Russie, Marc Rousset : ce n'est pas un pays, c'est un empire, donc pluri-ethnique de base, ce qui ne vous convient sans doute pas plus qu'à moi), car la monnaie est le point faible du capitalisme mondial actuel ; le premier qui définit la sienne en or et argent gagne un gros avantage - à ne pas dilapider en coût de ponctionnaires et d'immigrés - dont il y a une dizaine de millions à virer, naturellement.
 
 
#19 Leader price 13-08-2012 08:03
A Michel Drac.

- Le capitalisme, quelle que soit sa variante, allemande ou autre, ne repose pas sur des règles rationnelles. C'est l'erreur commune des libéraux et des marxistes, d'ailleurs, de croire en une rationnalité et en une transparence des lois économiques. On peut le démontrer précisément mais c'est trop long pour un blog. Donc toute explication rationnelle des mécanismes du capitalisme, que ce soit les réussites apparentes et à court terme, ou les échecs patents sur le long terme, est en fait lacunaire, voire carrément inappropriée.

- L'identité est effectivement projective, ou spéculaire, et s'appuie sur une ipséité. Mais pour l'espèce humaine "néotène", dont le cerveau s'achève après la naissance, cette ipséité est véhiculée et donnée culturellement, par l'extérieur, de manière exogène, et n'existe que dans la perception et la représentation.
 
 
#20 Michel Drac 13-08-2012 18:46
A Leader Price :

Je ne comprends pas où vous voulez en venir à propos du capitalisme dans sa variante monétariste ordolibérale. Pourriez-vous être plus précis ? Exemples ?

Concernant l'identité, je ne vois pas en quoi le fait qu'elle résulte, s'agissant de l'humanité, pour l'essentiel de la culture, viendrait infirmer l'exigence d'une isomorphie minimale entre structures économiques et structures anthropologiques profondes. Personne ne conteste ici que les structures anthropologiques profondes sont d'essence culturelle, et non biologique (même si le biologique peut jouer un rôle, il est évident que ce rôle est très mineur). Mais il n'en reste pas moins que faute d'isomorphie entre ces structures profondes et la superstructure socioéconomique, les structures anthropologiques profondes sont perturbées, et deviennent en retour perturbantes. Par exemple, il paraît relativement évident que la logique même de "l'ordre juste inégalitaire" produit par le monétarisme ordolibéral allemand est isomorphe aux structures mentales secrétées par l'héritage culturel allemand, alors qu'il n'est pas isomorphe aux structures mentales secrétées, par exemple, par l'héritage culturel de l'Espagne du sud.

Là non plus, je ne vois pas où vous voulez en venir, et en quoi la question de la néoténie du cerveau humain devrait nous amener à nier des faits anthropologiques et sociologiques d'évidence.
 

Il faut être connecté pour poster.

En vitrine

Le vice Obscur de l'occident

Le vice obscur de l'Occident

Catégorie: Essais
Prix TTC : 17,00 €
L’occidental donneur de leçons serait-il donc ce qu’il affecte de dénoncer ? Le fondamentaliste, l’intégriste, le totalitaire, et si c’était lui ?...

Identification



Votre panier

 x 
Panier Vide

Recherche d'un titre dans la boutique

Scroll to Top